Rémering-lès-Puttelange est libéré le 25 novembre 1944
25 novembre 1944, Rémering est libéré

Jeanne d'Arc qui veillait sur notre village, en face l'église, fut détronée par les Allemands dès le début de la guerre (dessin de Albert Riff)
Il y a dix ans, notre village fêtait avec éclat le 50ème anniversaire de sa libération : «Rémering d’hier à aujourd’hui» avait été une manifestation engendrée par un gros travail de mémoires, avec défilé de véhicules de guerre, interviews de la population par André Riff et Marcel Honnert, exposition de photos collectées auprès des villageois par Gisèle Neis, Frédéric Rapp et Francis et Marie-Jeanne Pierret, projection de films du passé.
Les soldats allemands agonisaient dans la rue…
On se souviendra particulièrement du 23 novembre 1944 ; une erreur de tir de l’armée allemande qui tentait d’atteindre les Américains vers St Jean Rohrbach fit que le restaurant Schweitzer (l’actuelle mairie) tenu à cette époque par la famille Burtin, fut bombardé. La salle de bal abritait un hôpital militaire. On dénombra cinq morts parmi les civils et de nombreux soldats allemands. Mireille Sauer avait deux ans et demi et se trouvait avec sa famille dans la cave. Trop petite pour se souvenir, elle évoque les événements racontés par sa famille.
La libération est proche…
La libération se fit en deux temps. La partie du village appelée Bellevue ne fut libérée qu’une dizaine de jours après le 25 novembre. Les Allemands avaient transformé la vallée de la Mutterbach en un immense plan d’eau destiné à ralentir l’avancée des Forces alliées.
«Les Allemands avaient installé leur émetteur radio dans notre maison, raconte Jeanne Imhoff née Blanc, qui habite encore dans la maison parentale rue du Coin ; et c’est ainsi que quelques jours avant le 25 novembre on apprenait que les Américains étaient à Hellimer. La libération est tout près disait mon père mais cela dura encore quelques jours. On vivait presque normalement, sans se soucier du danger jusqu’à ce qu’un obus tombe dans notre jardin pulvérisant le petit cabanon des WC que mon père venait tout juste de quitter. C’est à ce moment là que nous avons vraiment pris conscience du danger. Nous sommes alors, mes parents, mes sœurs et moi, allés nous mettre à l’abri dans le blockhaus sous la maison Muller en bas de la rue, où habite aujourd’hui Roger Voiturier et sa famille, jusqu’au 25, date de l’arrivée des Américains. Mais nous ne pouvions toujours pas rentrer chez nous. Une cinquantaine de personnes s’était regroupée dans le blockhaus sous la maison familiale rue St Jean, nous car ce sont eux qui ont alors occupé notre maison familiale. Nous avons donc rejoint nos tante et cousines abritées dans la cave de la famille Emile Zingraff rue de l’école».
Malgré l’insistance d’Alphonse Zingraff, le soldat allemand fait sauter le pont
«Il était 10 h 30 environ, se souvient Camille Zingraff, ce 25 novembre 1944. On a entendu des tirs de fusils mitrailleurs à côté de notre maison. Mon père est sorti avec un drapeau blanc. Il y avait là 2 soldats américains, l’un parlait allemand». Une cinquantaine de personnes s’était regroupée dans le blockhaus sous la maison familiale rue St Jean, l’actuelle maison de Marcel Riff. « La veille on avait remarqué que quelque chose se préparait. Les derniers allemands venant de Saint-Jean-Rohrbach nous répétaient que les Américains n’étaient pas loin et que d’ici quelques heures ils arriveraient à Rémering ». Les occupants avaient fait sauter le petit pont du «Treckloch» situé près de la maison Zingraff. «Il y avait beaucoup de prisonniers allemands» se souvient encore Camille.
La peur des tireurs isolés
En différents endroits du village, ce fut le même scénario. Les familles se regroupaient dans les endroits les plus sécurisés. Parfois, comme ce fut le cas dans la maison familiale de Lucien Zingraff, la cave fut renforcée pour mieux protéger.
Lucien évoque la présence de 3000 prisonniers russes qui logeaient sous des toiles de tente sur le terrain situé entre la Fonderie Klein et la maison Savard. Ces prisonniers creusaient des tranchées le long du Rohrwieskrave, le ruisseau qui s’écoule de l’étang et se déverse dans la Mutterbach, tranchées qui devaient empêcher les chars alliés de passer. Quelques jours avant l’arrivée des Américains, ces Russes furent évacués. Certains se sont sauvés ; des coups de feu ont éclaté ; d’autres ont été cachés par l’habitant. On ne sait ce qu’ils sont devenus ! Les Allemands repliés au lieu-dit Bellevue avaient détruit le pont de la Mutterbach, coupant ainsi la sortie vers la route nationale et continuaient à bombarder le village. «L’artillerie allemande n’hésitait pas à ouvrir le feu sur les habitants qui sortaient de leur cachette pour nourrir les bêtes» raconte encore Lucien.
Dix jours pour franchir la rivière «Mutterbach»
Le 25 novembre les soldats américains rentrent dans Rémering mais il leur faudra une dizaine de jours pour traverser la Mutterbach en direction de la route nationale Puttelange-Sarralbe. La maison Thiel était un point stratégique, la DC allemande y avait installé une batterie «Flack». «Le 23 novembre, relate Jean-Marie Thiel, président de l’Union Nationale des Combattants, la maison a été bombardée et un obus est tombé dans la cheminée alors que nous étions installés dans la cave. Nous avons abandonné notre maison en catastrophe pour rejoindre mon grand-père dans la cave de la boulangerie Jaytener, dans le village. Une compagnie de SS s’était implantée sur le trajet de Richeling à Puttelange avec un nid de mitrailleuses tous les 50 mètres. Traverser ainsi la Mutterbach sans pont et toute la zone inondée dans de telles conditions était une mission très délicate pour les Américains. Ils ont alors tenté de contourner le plan d’eau en longeant la rivière mais l’arrivée des chars qui ont pilonné les nids de mitraillettes le long de la Nationale a permis au Génie de monter un pont. Et c’est ainsi que la famille Thiel a pu retrouver sa maison, 10 jours plus tard, en même temps que fut libéré Richeling, puis Holving le 4 décembre et Grundviller le 5. La maison Thiel avait été bouleversée ; les Allemands, pour se protéger, avaient déversé de la terre sur un mètre de hauteur dans tout le rez-de-chaussée ; dans la cave était installée une salle d’opération (de soins), deux soldats s’y trouvaient encore mais sont décédés des suites de leurs graves blessures. Jean-Marie et sa famille n’ont emménagé définitivement qu’en 1947. La maison est aujourd’hui habitée par Régis Iffli, fils de Josette, sœur de Jean-Marie.

Soixante ans plus tard certaines mémoires de notre village ont disparu mais Jeanne Imhoff née Blanc, et Mireille Sauer, Camille Zingraff, Lucien Zingraff et Jean-Marie Thiel se souviennent...


Une cinquantaine de personnes s’était abritée Le restaurant Schweitzer abrite aujourd'hui
dans le blockhaus sous la maison la mairie et la salle des fêtes
de la famille Alphonse Zingraff (rue St Jean) de Rémering-lès-Puttelange
